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Les ados peuvent-ils suivre un jeûne intermittent ? - Ce que dit la science.



Le jeûne intermittent est un mode d’alimentation très à la mode, et suivre la tendance c’est un peu ce que préfèrent faire les adolescents. Aujourd’hui je vous explique pourquoi oui les ados peuvent suivre un jeûne, mais ce à quoi il faut particulièrement faire attention quand on est en pleine croissance.

Le jeûne intermittent possède des bénéfices particulièrement intéressant pour la puberté


Très peu d’études sur le jeûne intermittent ont été menées auprès d’adolescents.


Mais on peut par exemple citer celle de Farooq et al. (1) qui s’est intéressée aux effets du Ramadan sur des adolescents et préadolescents. Les auteurs ont trouvé que le jeûne du Ramadan entraîne des changements significatifs dans la composition corporelle, le régime alimentaire et la durée de sommeil des sujets.


Ce qui est particulièrement intéressant pour ces jeunes gens encore en âge d’aller à l’école, c’est que le jeûne a entraîné une amélioration significative des performances de planification spatiale et de mémoire de travail.


Réduction de l’acné


Autre point non négligeable : le jeûne permet de réduire l'acné vulgaris. Comme le rappellent Emiroğlu et al. (2), cette maladie de peau touche 79 à 95% des adolescents occidentaux entre 15 et 17 ans.


Grâce à leurs études, les auteurs expliquent que la charge glycémique pourrait jouer un rôle dans l’apparition et l'aggravation de l’acné vulgaris.


En effet, la quantité de glucose dans notre corps induit de l’hyperinsulinémie, et cette augmentation de l’insuline entraîne davantage de résistance à l’insuline. Cette production d’insuline et augmentation de la résistance à l'insuline font partie des facteurs entraînant l’acné.


Autrement dit, une alimentation riche en glucides (qui augmente donc la charge glycémique) pourrait être une cause importante des taux d’acné en Occident.


Autre cause possible avancée par les auteurs : l’augmentation des taux d’IGF-1 (insulin-like growth factor-1, soit littéralement facteur de croissance 1 ressemblant à l'insuline). Plusieurs processus créent un lien entre l’IGF-1 et la poussée d’acné, notamment car l’IGF-1 entraîne la prolifération de kératinocytes et l’accélération de l'apoptose.


Ce serait un peu long à expliquer mais retenez que l’insuline et l’IGF-1 (qu’on retrouve par exemple dans le lait) sont des facteurs d’apparition d’acné vulgaris.


Bien sûr, je vais faire tout de suite le lien avec le jeûne intermittent. D’abord (vous vous en doutez) en montrant que plusieurs études comme celle de Sutton et al. (3) ont prouvé que le jeûne intermittent améliore la sensibilité à l’insuline. Pour rappel, sensibilité et résistance à l’insuline s'opposent. Et la résistance à l’insuline est le côté obscur de la force…


De même, Moro et al. (4) ont démontré que suivre un jeûne intermittent entraîne une baisse significative d’IGF-1, de glycémie et d’insuline (bien sûr).


Ainsi donc, le jeûne intermittent agit sur l’IGF-1 et l’insuline pour limiter l’acné vulgaris !


Plus d’hormone de croissance !


L’hormone de croissance (GH pour growth hormone) est l’élément central qui permet à l’humain de se développer, depuis qu’il est bébé jusqu’à l’âge adulte.


Rose et al. (5) indiquent que le taux de production de GH est approximativement doublé durant la puberté ! Puis baisse drastiquement à l’âge adulte et tout au long de la vie post-puberté.


Évidemment, le jeûne intermittent joue également un rôle dans la production de cette hormone. L’étude de Ho et al. (6), montre une augmentation du taux et de la libération d’hormone GH lors d’un jeûne intermittent. Et ce, pour deux raisons :


- d’abord, parce que l’état de jeûne fait baisser le taux d’insuline, connu comme étant un détraqueur de la production d’hormone GH.

- ensuite, parce que le jeûne intermittent entraîne d’importantes pertes de masse graisseuse, la graisse étant une autre donnée affectant la production d’hormone de croissance.


Il faut être prudent sur la pratique d’un jeûne intermittent quand on est adolescent


Un régime qui peut entraîner des troubles de l’alimentation


L’article Les régimes à l’adolescence (7) explique bien le rapport complexe que les adolescents entretiennent avec l’alimentation. De par les réseaux sociaux, les médias et les clips vidéos (entre autres), les adolescents sont confrontés en permanence à des idéaux de minceur et de beauté irréalistes.


C’est ainsi que 41 à 66% des jeunes femmes, et 20 à 31% des jeunes hommes, ont déjà tenté de perdre du poids. Souvent, alors même que leur IMC est tout à fait bon.


A un âge où le discernement sur les informations à disposition n’est pas correctement établi, ces jeunes gens vont avoir davantage tendance à adopter des comportements alimentaires problématiques du point de vue de la santé et de la science.


C’est dans ce contexte que Stice et al. (8) ont identifié que les adolescentes pratiquant le jeûne intermittent ont une tendance plus forte à développer des troubles de l’alimentation récurrents comme l’hyperphagie ou la boulimie nerveuse. Et ce, à cause d’un mode de fonctionnement par anticipation de la faim des périodes de jeûne.


Ainsi, il est d’autant plus important pour les adolescents d’avoir une vision réaliste et solide de leur condition physique. C’est à cette condition seulement qu’il est possible de se lancer dans un jeûne intermittent pour tous les bénéfices qu’il permet, telle la perte de poids, mais pas que !


Éviter la restriction calorique


Plusieurs études rassemblées par Patterson et al. (9) montrent que lorsque le nombre d’heures disponibles pour manger est réduit, les sujets mangent moins. Ainsi, quasiment automatiquement, le jeûne conduit à une restriction calorique.


Or, il faut particulièrement faire attention à ses apports caloriques lorsqu’on est en pleine croissance.


Soliman et al. (10) expliquent que la sous-nutrition est la cause la plus importante de retard de croissance dans le monde. D’un côté à cause de la pauvreté dans les pays infortunés, et de l’autre, à cause des régimes volontairement restrictifs dans les pays riches. La malnutrition ou les carences entraînent de sérieuses conséquences sur la croissance.


Pour tous les adolescents, même en surpoids, il faut faire très attention à manger suffisamment. C’est essentiel pour un bon développement.


Faire tout autant attention à quand qu’à quoi


C’est vrai à tout âge, mais encore plus quand on est en pleine croissance : l’alimentation se doit d’être variée et équilibrée.


Toujours dans leur article, Soliman et al. (10), disent clairement que la nutrition est l’un des facteurs les plus importants dans le développement pubertaire. Les repas doivent absolument être sains et riches en nutriments, vitamines et minéraux. En particulier en protéines, fer, calcium, zinc et folate.


Point encore plus critique : alors que nous avons dit plus haut que les adolescents sont spécialement enclins à développer des troubles de l’alimentation, ces mêmes comportements pathologiques sont particulièrement délétères pour le développement pubertaire.


Alors, si en effet il est tout à fait possible, voire bénéfique, de pratiquer le jeûne intermittent à l'adolescence, plusieurs choses sont à garder en tête néanmoins. D’abord, veiller à se lancer dans ce mode de vie pour les bonnes raisons. Ensuite, le pratiquer de manière saine et bien conscient de sa condition fragile d’être en développement (tant du point de vue physiologique que psychologique).


Références


(1) Farooq, A., Herrera, C. P., Almudahka, F., & Mansour, R. (2015). A Prospective Study of the Physiological and Neurobehavioral Effects of Ramadan Fasting in Preteen and Teenage Boys. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 115(6), 889–897. https://doi.org/10.1016/j.jand.2015.02.012


(2) Emiroğlu, N., Cengiz, F. P., & Kemeriz, F. (2015). Insulin resistance in severe acne vulgaris. Postepy dermatologii i alergologii, 32(4), 281–285. https://doi.org/10.5114/pdia.2015.53047


(3) Sutton, E. F., Beyl, R., Early, K. S., Cefalu, W. T., Ravussin, E., & Peterson, C. M. (2018). Early Time-Restricted Feeding Improves Insulin Sensitivity, Blood Pressure, and Oxidative Stress Even without Weight Loss in Men with Prediabetes. Cell metabolism, 27(6), 1212–1221.e3. https://doi.org/10.1016/j.cmet.2018.04.010


(4) Moro, T., Tinsley, G., Bianco, A., Marcolin, G., Pacelli, Q. F., Battaglia, G., Palma, A., Gentil, P., Neri, M., & Paoli, A. (2016). Effects of eight weeks of time-restricted feeding (16/8) on basal metabolism, maximal strength, body composition, inflammation, and cardiovascular risk factors in resistance-trained males. Journal of translational medicine, 14(1), 290. https://doi.org/10.1186/s12967-016-1044-0


(5) Rose, S. R., Municchi, G., Barnes, K. M., Kamp, G. A., Uriarte, M. M., Ross, J. L., Cassorla, F., & Cutler, G. B., Jr (1991). Spontaneous growth hormone secretion increases during puberty in normal girls and boys. The Journal of clinical endocrinology and metabolism, 73(2), 428–435. https://doi.org/10.1210/jcem-73-2-428


(6) Ho, K. Y., Veldhuis, J. D., Johnson, M. L., Furlanetto, R., Evans, W. S., Alberti, K. G., & Thorner, M. O. (1988). Fasting enhances growth hormone secretion and amplifies the complex rhythms of growth hormone secretion in man. The Journal of clinical investigation, 81(4), 968–975. https://doi.org/10.1172/JCI113450


(7) Dieting in adolescence. (2004). Paediatrics & child health, 9(7), 487–503. https://doi.org/10.1093/pch/9.7.487


(8) Stice, E., Davis, K., Miller, N. P., & Marti, C. N. (2008). Fasting increases risk for onset of binge eating and bulimic pathology: a 5-year prospective study. Journal of abnormal psychology, 117(4), 941–946. https://doi.org/10.1037/a0013644


(9) Patterson, R. E., Laughlin, G. A., LaCroix, A. Z., Hartman, S. J., Natarajan, L., Senger, C. M., Martínez, M. E., Villaseñor, A., Sears, D. D., Marinac, C. R., & Gallo, L. C. (2015). Intermittent Fasting and Human Metabolic Health. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 115(8), 1203–1212. https://doi.org/10.1016/j.jand.2015.02.018


(10) Soliman, A., De Sanctis, V., & Elalaily, R. (2014). Nutrition and pubertal development. Indian journal of endocrinology and metabolism, 18(Suppl 1), S39–S47. https://doi.org/10.4103/2230-8210.145073